Quelle efficacité de l’huile de nigelle sur le cancer ?

Quelle efficacité de l’huile de nigelle sur le cancer ?

L’huile de nigelle peut-elle soigner le cancer ? De nombreux chercheurs se sont penchés sur la question, notamment en interrogeant l’efficacité de la thymoquinone, principal composé actif de la habba sawda. Cette molécule aurait de puissantes propriétés anticancer, dont les effets ont été observés in vitro et sur les animaux.  

Cancer du sein, du côlon, de la prostate ou encore du pancréas, des centaines d’essais cliniques ont été réalisés pour savoir si l’huile de habba saouda pouvait guérir la maladie. D’autres encore ont porté sur les bienfaits du cumin noir lors d’un traitement conventionnel, particulièrement sur les effets secondaires subis par les patients. 

Pour l’heure, examinons : 

  • le mode d’action de l’huile de nigelle ;
  • sur quels cancers elle s’avère efficace ;
  • son utilité au cours des chimiothérapies et radiothérapies ;
  • les conclusions quant à son effet sur les individus cancéreux.

Comment l’huile de nigelle agit-elle sur le cancer ?

  • L’huile de cumin noir ralentirait ou empêcherait le développement des cellules cancéreuses et en induirait l’apoptose.
  • Elle favoriserait l’élimination systématique des cellules mortes, inutiles ou malsaines de l’organisme, sans libérer de toxines. 
  • Par sa richesse en antioxydants, elle aurait également un rôle de soutien au système immunitaire pour faire face à la maladie.  
  • Enfin, elle pourrait atténuer les divers effets secondaires provoqués par les traitements conventionnels, à savoir la radiothérapie et la chimiothérapie, comme nous le verrons plus bas.

La thymoquinone, molécule anti-cancer de la nigelle

Parmi les principaux composés actifs de la nigelle, on trouve la thymoquinone. Cette huile essentielle a été mise en lumière par la recherche comme une molécule anti-cancer [1]. En effet, des études ont révélé qu’elle pouvait être envisagée comme remède potentiel au cancer, car elle contribue à induire l’apoptose, la mort programmée des cellules cancéreuses.[2] 

Un effet sur la croissance de plusieurs types de cancers 

Une étude publiée dans « Oncology Letters » en 2010 a indiqué que deux doses quotidiennes d’huile de graines noires extra-vierge brute inhibaient la croissance de tumeurs cancéreuses dans le côlon, les poumons, l’œsophage et l’estomac antérieur chez les rats. 

L’étude a conclu que l’huile de nigelle a un potentiel carcinopréventif et chimiopréventif, ce qui signifie qu’elle pourrait éventuellement être utilisée pour prévenir le cancer et diminuer le besoin de chimiothérapie au stade précoce du cancer (McCarthy, 2015). 

AbuKhader et al. (2013) rapportent que la thymoquinone est connue pour ses effets anticancéreux. Une recherche publiée dans Drug Discovery Today a conclu que la thymoquinone a une longue histoire de lutte contre le cancer in vitro et in vivo (dans des expériences en « tube à essai » et sur les animaux), et module 9 des 10 caractéristiques du cancer (Schneider-Stock et al., 2014). L’extrait de thymoquinone de la nigelle semble également efficace contre les cancers du sang, des poumons, des reins, du foie, de la prostate, du sein, du col de l’utérus, du côlon et de la peau (Khan et al., 2011).

Un effet sur l’évolution et la taille des tumeurs chez les rats

Selon Katherine Anderson, ND, FABNO, directrice nationale de la médecine naturopathique pour CTCA (26 février 2014), il y a de plus en plus de preuves que le cumin noir et son huile volatile peuvent avoir des propriétés anticancéreuses. Des études menées par Anderson indiquent que les ingrédients actifs des graines, en particulier la thymoquinone, peuvent réduire la croissance et la taille des tumeurs chez les rats.

Sur quels cancers l’huile de nigelle est-elle efficace ?

Il est impossible d’être exhaustif tant les études portant sur la nigelle et le cancer sont nombreuses. Nous nous contenterons donc de reporter les travaux de recherche portant sur quelques types de cancers spécifiques , tout en soulignant que la plupart ont été menés sur des animaux, ou in vitro, c’est-à-dire en milieu artificiel, en laboratoire.

Ces travaux sont référencés dans un document consultable en ligne qui figure dans les annexes de cet article [3]. 

Cancer du côlon et nigelle

Une étude a été menée pour évaluer le potentiel chimiopréventif des huiles brutes de Nigella sativa sur la formation de tumeurs chez le rat. L’administration d’huile volatile de nigelle  dans l’alimentation de rats Wistar mâles pendant 30 semaines a réduit de manière significative la taille, l’incidence et la multiplicité des tumeurs malignes et bénignes du côlon. 

Le traitement a également réduit de manière significative l’incidence et la multiplicité des tumeurs dans les poumons et dans différentes parties du canal alimentaire, en particulier l’œsophage et le préestomac. Les indices de marquage à la bromodésoxyuridine, reflétant la prolifération cellulaire, ont été significativement réduits dans divers organes et lésions après le traitement.

Les résultats montrent, pour la première fois, que l’administration de nigelle exerce des effets inhibiteurs puissants sur le développement des tumeurs chez le rat et sur la prolifération cellulaire dans plusieurs sites d’organes.

En particulier, la capacité d’inhiber de manière significative les tumeurs murines du côlon, du poumon, de l’œsophage et du préestomac a été démontrée, sans aucun signe d’effets secondaires cliniques. 

L’étude conclut que les mécanismes sont probablement liés à la suppression de la prolifération cellulaire.[4]

Cancer du sang et huile de nigelle

El-Mahdy et al. (2005) ont indiqué que la thymoquinone présentait un effet antiprolifératif sur les cellules de leucémie myéloblastique humaine HL-60. Swamy et Huat (2003) ont observé qu’elle induisait également la mort des cellules de leucémie murines P388 par une augmentation de l’apoptose en fonction de la dose et du temps.

Cancer du sein et nigelle

Les extraits aqueux et alcooliques de N. sativa se sont avérés efficaces in vitro pour inactiver les cellules cancéreuses du sein MCF-7 (Farah et Begum, 2003). La mort cellulaire était induite par apoptose.[5]

Une étude, menée en 2013 en Malaisie, s’est penchée sur l’efficacité de la thymoquinone dans un traitement à long terme sur des cellules du cancer du sein humaines en laboratoire.  La thymoquinone a montré une capacité soutenue à inhiber la prolifération des cellules cancéreuses. La durée de l’inhibition a été déterminée par la dose de thymoquinone utilisée. Les doses les plus importantes ont produit une plus grande inhibition (Motaghed et al., 2013).

Concernant le cancer du pancréas

Le Dr Hwyda Arafat du Kimmel Cancer Center de l’université Thomas Jefferson aux États-Unis a mené plusieurs études utilisant N. sativa pour traiter le cancer du pancréas. Les résultats ont été stupéfiants, avec une mort de 80 % des cellules tumorales cancéreuses. Il a également été démontré que la nigelle stoppait le processus de transcription des gènes, afin que les cellules cancéreuses ne puissent pas se répliquer. 

Cancer de la peau 

L’application topique d’un extrait de N. sativa a inhibé la carcinogenèse cutanée chez les souris. L’injection intrapéritonéale (dans les parois de l’abdomen) de N. sativa a limité les sarcomes (tumeurs malignes cancéreuses) des tissus mous. (Salomi et al., 1991).  

Pour le cancer de la prostate

Les chercheurs ont suggéré que la thymoquinone était efficace pour traiter le cancer de la prostate hormono-sensible et hormono-réfractaire. Yi et al. (2008) ont découvert que cette dernière bloquait l’angiogenèse in vitro et in vivo (la formation de nouveaux vaisseaux à partir de vaisseaux préexistants). 

Dans la recherche sur le cancer, la xénogreffe consiste à implanter des cellules humaines malignes à des lignées de souris, choisies spécialement pour limiter le phénomène de rejet. Les chercheurs ont donc implanté un cancer de la prostate humain sur des souris, et la thymoquinone a empêché l’angiogenèse tumorale chez elles. 

Enfin, elle a inhibé la croissance des tumeurs de la prostate humaine, à faible dose et presque sans effets secondaires chimiotoxiques. 

Cancer du poumon et nigelle

Mabrouk et al. (2002) ont montré que la supplémentation du régime alimentaire avec du miel et de la nigelle aurait un effet protecteur contre le stress oxydatif, la réponse inflammatoire et la carcinogenèse induits par le méthyl nitrosourée (une molécule cancérogène) dans les poumons, la peau et le côlon. 

Cancer du rein et huile de nigelle

Khan et Sultana (2005) ont rapporté l’effet chimiopréventif de la nigelle contre le stress oxydatif rénal induit par le nitrilotriacétate ferrique, la réponse hyperproliférative et la carcinogenèse rénale. Le traitement de rats par voie orale avec la nigelle a entraîné une diminution significative de la génération de H2O2, de la synthèse d’ADN et de l’incidence des tumeurs. 

Le cancer du foie

Une étude égyptienne a évalué les effets antitumoraux du miel et de l’huile de nigelle sur les cellules cancéreuses du foie humain, in vitro. Ils ont examiné la capacité antioxydante du miel et de l’extrait de nigelle, ainsi que la capacité de ces substances à éliminer les cellules cancéreuses. Ils ont constaté que le miel et l’extrait de habba sawda étaient tous deux efficaces pour réduire la viabilité des cellules cancéreuses du foie. Le miel et la nigelle ont également amélioré le statut antioxydant des cellules, et induit la mort des cellules cancéreuses par apoptose (Hassan et al., 2012). 

L’huile de nigelle est-elle utile pour traiter les effets secondaires du cancer ?

La nigelle serait efficace contre les effets secondaires de la radiothérapie

Dans une étude de 2014, des chercheurs Turcs rapportent que l’huile de nigelle pourrait potentiellement être utile aux personnes recevant une radiothérapie contre le cancer. (Cikman et al., 2014).

Ils indiquent que de nombreux patients cancéreux traités par radiothérapie souffrent de graves effets secondaires pendant et après leur traitement. L’étude examine donc les effets de l’irradiation et de l’ajout d’huile de nigelle sur le système oxydant/antioxydant dans le tissu hépatique de rats irradiés.

Certains rats ont été exposés à une dose unique de rayonnement gamma. Un groupe de rats a reçu un gramme d’huile de nigelle par kilogramme de poids, une heure avant le rayonnement. Puis, il a reçu une dose quotidienne pendant 10 jours. Un autre groupe a reçu la même irradiation, mais la nigelle a été remplacée par une solution saline. Le groupe témoin n’a pas été irradié. 

Les données ont montré que l’huile de nigelle réduisait les marqueurs de stress oxydatif et avait des effets antioxydants, ce qui augmentait également la capacité antioxydante dans le tissu hépatique des rats.

Ainsi, son utilisation avant la radiothérapie et pendant les 10 jours suivants a protégé les rats de certains des effets nocifs des radiations. 

La thymoquinone pourrait réduire les effets secondaires de la neutropénie fébrile 

L’un des effets négatifs de la chimiothérapie est la destruction de la moelle osseuse et des cellules immunitaires. La neutropénie fébrile est une affection dans laquelle le patient peut développer des infections et de la fièvre à cause de son nombre très faible de globules blancs (les neutrophiles). On observe fréquemment cet effet secondaire chez les enfants atteints de tumeurs cérébrales et sous chimiothérapie.

À l’Université d’Alexandrie en Egypte, des chercheurs ont tenté d’évaluer l’influence de la nigelle sur la neutropénie fébrile chez les enfants atteints de tumeurs cérébrales et subissant une chimiothérapie. [6]

Les résultats de cette étude clinique randomisée ont montré que seulement 2,2 % des patients prenant de la nigelle avaient développé une neutropénie fébrile, contre 19,2 % pour le groupe témoin (sans nigelle). 

Les chercheurs ont conclu que la prise de nigelle réduisait de 88 % l’incidence des épisodes de neutropénie fébrile dans le cadre d’une chimiothérapie sur des tumeurs cérébrales infantiles par rapport au groupe témoin.

L’huile de nigelle pourrait  limiter l’hépatotoxicité induite par la chimiothérapie chez les enfants atteints de leucémie

La leucémie aiguë lymphoblastique est l’un des cancers infantiles les plus courants. Le traitement fréquemment utilisé par méthotrexate peut entraîner de graves effets secondaires. La chimiothérapie induit une toxicité hépatique (du foie) qui limite son effet.

Un essai contrôlé randomisé réalisé par les chercheurs de l’Université de Tanta en Égypte a évalué l’impact thérapeutique de l’huile de nigelle sur l’hépatotoxicité induite par le méthotrexate. L’étude a été menée sur 40 enfants égyptiens diagnostiqués avec une leucémie lymphoblastique aiguë. [7]

La moitié des patients ont été traités par méthotrexate et huile de nigelle. L’autre moitié restante a été traitée par méthotrexate et placebo. (Adel A Hagag et al, Infect Disord Drug Targets., 2015)

L’étude a montré que l’huile de nigelle (grâce à la thymoquinone) diminuait les effets secondaires d’hépatotoxicité induits par la chimiothérapie au méthotrexate. Elle augmentait également de 30 % le taux de patients obtenant une rémission complète. Elle réduisait les rechutes d’environ 33 % et améliorait la survie sans maladie d’environ 60 % en comparaison avec le placebo.  

Les scientifiques ont conclu que l’huile de nigelle (thymoquinone) pouvait être indiquée comme médicament adjuvant chez les enfants atteints de leucémie qui suivent un traitement au méthotrexate.

L’huile de habba sawda guérit-elle vraiment les individus cancéreux ?  

Comme nous l’avons vu, l’huile de nigelle, et notamment sa thymoquinone, a fait l’objet d’un grand nombre d’études expérimentales sur des cellules cancéreuses humaines ou des modèles animaux. Ces études ont suggéré des propriétés anticancéreuses sur différents types de cancers, dont ceux du sang, du sein, du pancréas, de la prostate, du poumon, du rein ou encore du foie. 

Cependant, des essais cliniques in situ manquent encore pour confirmer les conclusions de ces études. Autrement dit, l’efficience de l’huile de nigelle doit être testée en milieu naturel, sur des individus cancéreux, et non uniquement en laboratoire sur des cultures de cellules ou sur des rats et souris.  

Plusieurs personnes rapportent leur rémission totale après avoir consommé quotidiennement de l’huile et de la poudre de nigelle ainsi que du miel sur plusieurs mois consécutifs. Toutefois, aux yeux de la science, ces témoignages ne peuvent être considérés que comme des allégations. Du moins, tant que des études cliniques randomisées ne les ont pas corroborés.

D’innombrables effets positifs ont été observés, aussi nous sommes dans l’attente des essais cliniques qui viendront valider la capacité de Nigella sativa à soigner les personnes cancéreuses. Étant donné que les effets secondaires relevés sont nettement moindres que les bienfaits, les scientifiques ont tout intérêt à approfondir leurs travaux quant à l’efficacité de l’huile de nigelle sur le cancer.

La graine noire s’avère donc prometteuse pour faire avancer la recherche et les traitements contre cette lourde maladie.

Sources et références

[1] Thymoquinone, molécule anticancer : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5584300/

[2] Thymoquinone comme remède potentiel au cancer : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31060003/

[3] Hussain DAS, Hussain MM, 2016. Nigella sativa (black seed) is an effective herbal remedy for every disease except death – a Prophetic statement which modern scientists confirm

unanimously: A review. Adv Med Plant Res, 4(2): 27-57.

https://www.netjournals.org/pdf/AMPR/2016/2/16-008.pdf

(4] Cancer du côlon chez les rats : 

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3436209/

[5] Cancer du sein (sur cellules cancéreuses) :  http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12724920/

[6] Neutropénie fébrile : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28349493/

[7] Thymoquinone contre la toxicité hépatique dans la chimio de la leucémie : 

Adel A Hagag et al, Infect Disord Drug Targets., 2015

https://journees-prevention-santepublique.fr/actualite/graine-de-nigelle-lutter-contre-cancer/

https://addon.life/fr/2020/11/23/black-seed-chemo-side-effect/

5/5 - (1 vote)

A propos de l'auteur

Panier
Retour en haut